samedi 10 janvier 2015

Charlie-Hebdo : réponse à l'éditorial guerrier et absurde de Sud-Ouest


Au courrier des lecteurs de Sud-Ouest (qui s'est bien gardé de publier cette réponse)

Je tiens par le présent texte à contester fermement certains passages, et de fait la tonalité générale, de l'éditorial de Sud-Ouest publié le 8 janvier, au lendemain du massacre de la rédaction de Charlie-Hebdo.

Est-il besoin de le préciser, nul n'a "le monopole du coeur" et je suis aussi ému et révolté que quiconque par ces assassinats aussi absurdes qu'horribles et injustifiables.

Pour autant, je ne saurais souscrire - euphémisme - à l'injonction "Que chacun choisisse son camp". Certes, il est précisé qu'il s'agit de choisir la liberté plutôt que la haine, la paix plutôt que le meurtre, la démocratie plutôt que la tyrannie.

Or, il est évident que ce choix est tranché d'office, sans avoir à répondre à une injonction, par la quasi-totalité des gens : seuls quelques malades ou fous furieux peuvent préférer la haine, le meurtre et la tyrannie. 

Aussi, lancer cette injonction à "chacun", c'est-à-dire à tout le monde, est une façon d'enrôler les citoyens dans une curieuse croisade qui est révélée par la sidérante conclusion de l'édito : "L'heure est venue pour la République de montrer ses muscles."

Mais les "muscles" de la République sont de longue date nombreux et visibles : le GIGN, le RAID, les GIPN, les CRS et les gendarmes mobiles, l'armée, les armes (des plus conventionnelles jusqu'aux bombes nucléaires). Et elle s'en sert aussi souvent que nécessaire, parfois même au-delà, comme récemment à Sivens (mort absurde et injuste du jeune Rémi Fraisse).

De tout temps, probablement déjà à l'âge des cavernes, des gens ont essayé de prendre le pouvoir sur leurs proches, leurs voisins, leurs contemporains. De tout temps il a fallu s'organiser pour se protéger. Et de tout temps, cette recherche de sécurité a aussi empiété sur les libertés et a causé des "dérapages".

Aussi, l'heure n'est pas venue de "montrer ses muscles". Non, l'heure est d'agir à la fois pour :

- mettre hors d'état de nuire ceux qui ont assassiné et ceux qui voudraient les imiter ;

- rappeler que seuls les assassins, leurs commanditaires et leurs inspirateurs sont coupables, et non des gens qui n'y sont pour rien (en l'occurrence "les Musulmans") ;


Certes, l'édito ajoute qu'il ne faut pas "céder aux surenchères et aux provocations" mais, précisément, la tonalité globale de ce texte va dans le sens inverse et conforte hélas ceux qui voudront y trouver un appel à la défiance.

Stéphane Lhomme